Ouf, Sarko Est Revenu

Ouf, Sarko Est Revenu

FILLON EXPLIQUÉ PAR JEAN

 

Ne vous méprenez pas ! Le dernier livre de Jean d'Ormesson n'est pas un guide. Le guide, c'est lui.

Il nous montre le chemin vers plus de sagesse, de hauteur, de lendemain. 

Comme nous, il s'est attristé du sort injustement réservé à Nicolas Sarkozy. Comme nous il est resté fidèle à l'homme, à l'ami.

Mieux que nous, il sait poursuivre sur le chemin de l'alternance sans errer à chaque carrefour : car entre Hamon, Mélenchon, Le Pen, Macron ... et Fillon, on ne peut hésiter, au risque de définitivement s'égarer. Dans l'interview accordée au Figaro, il nous remet vite fait dans la bonne direction avec cette lucidité, cette fulgurance d'esprit et d'humanité qui le caractérisent.

Lumineux. Éclairant. Bref guidant.

À suivre les yeux fermés.

Laurence MW

 

 

 

Jean d'Ormesson : «Le projet de Fillon est celui dont la France a besoin»

Le FigaroPremium Par Vincent Tremolet de Villers

 

INTERVIEW - De l'Académie à l'Élysée, il suffit de traverser la Seine et l'ancien directeur du Figaro passe avec une incroyable aisance de la rive littéraire à la rive politique. Rien ne lui échappe : ni l'état inquiétant du pays, ni les récents bouleversements géopolitiques, ni les épisodes d'une campagne électorale particulièrement romanesque.

 

LE FIGARO.-Vous avez connu nombre de campagnes présidentielles. Comment jugez-vous celle qui se déroule en ce moment?

Jean D'ORMESSON.- Ce qui me frappe, mais c'est sans doute une déformation professionnelle, c'est le côté romanesque de cette campagne. Quels sont les ressorts de ce roman vrai? Le fait que le monde change à une vitesse impressionnante. Prenons le plan extérieur. En forçant un peu les choses, mais à peine, nous sommes face à une Amérique protectionniste et à un président chinois, communiste, qui plaide pour la perpétuation du libre-échange. Sur le plan intérieur, il est quand même rare qu'un chef de parti (qui est en même temps chef de l'État) soit à ce point hostile à son propre camp. La rupture entre Hollande et le Parti socialiste est totale. À tel point qu'au théâtre du débat de la primaire, le président a préféré celui où Michel Drucker faisait son one-man-show. C'est anecdotique, mais c'est l'anecdote qui fait le sel des romans. Cela témoigne d'une indifférence absolue à la bataille qui oppose Valls, Hamon, Montebourg, Peillon. Mitterrand après de Gaulle, Jean-Paul II et tant d'autres ont participé activement à la destruction du Parti communiste. François Hollande (et nous devons lui en être reconnaissants) a fait comme son maître: il a détruit le Parti socialiste.

À droite aussi, c'est romanesque?

Le surgissement de François Fillon était imprévisible. Je m'en suis réjoui, même si je considère que l'on a été injuste avec Nicolas Sarkozy. Il a fait une campagne vaillante et s'est montré plein de panache et d'élégance dans son discours d'adieu. Dans un roman, finir n'est pas facile et sa fin était belle et mélancolique.

Qu'est-ce qui vous plaît chez François Fillon?

Tout ce que l'on reproche à Fillon me paraît assez positif. On l'a attaqué parce qu'il a dit «Je suis chrétien». Quelle était sa faute? Après tout, en France, on a le droit d'être socialiste et de le dire, on le droit d'être trotskiste, on a le droit d'affirmer «Je suis fier d'être juif» ou «Je suis fier d'être musulman» et l'on ne pourrait pas dire «Je suis chrétien»! Cette conviction profonde n'empêche en rien d'appliquer scrupuleusement la laïcité politique et François Fillon l'a excellemment rappelé.

On lui reproche aussi un programme sévère…

Que faut-il d'autre? La situation de notre pays est tellement critique, notre système tellement à bout de souffle que nous avons besoin d'un tempérament ferme et même inflexible. François Mitterrand disait «Contre le chômage, on a tout essayé.» Si rien ne marche, il faut changer de vision, de méthode, de pratique. Pourquoi continuer la politique si c'est pour accompagner un déclin inéluctable? Si nous ne pouvons plus avoir aucune influence sur la société et l'économie, c'est la politique elle-même qui disparaît au profit d'une forme d'accompagnement psychologique.

François Hollande lui-même a fait le choix dans la deuxième partie de son mandat de tourner le dos à ce qu'il avait promis. Le principe de réalité s'est imposé à lui, au grand malheur des gens de gauche, qui se sont sentis légitimement trahis. Le problème est que le chef de l'État a tenté de coller des rustines en catastrophe, et ce dont les gens ne veulent plus, c'est justement la politique de la rustine.

On qualifie François Fillon de conservateur et lui-même, cependant, pourfend le conservatisme…

Autrefois la nouveauté, l'audace créatrice, l'émancipation d'un modèle imposé étaient à gauche. Aujourd'hui c'est l'inverse: François Fillon s'en prend à juste titre au conservatisme et à l'immobilisme de ceux qui considèrent que la politique a pour objet de perpétuer un système qui prend l'eau de toute part. La droite, en l'espèce, n'est pas conservatrice parce qu'il n'y a sans doute pas grand-chose à conserver d'une politique qui multiplie les pauvres, donne à des syndicats de moins en moins représentatifs un pouvoir démesuré et empêche ceux qui veulent améliorer leur vie par leur travail de le faire. Toute la difficulté pour François Fillon est d'expliquer aux classes moyennes et aux classes populaires que la perpétuation du système sera pire que des réformes, certes importantes et parfois difficiles, mais dont chacun pourra ensuite recueillir les fruits. Il faut qu'il parvienne à épargner aux plus pauvres les efforts qu'exigent ces réformes et à les convaincre qu'ils en seront, plus tard, les premiers bénéficiaires.

On reproche aussi à Fillon d'être «réactionnaire»…

La droite ne veut pas retourner en arrière, restaurer la monarchie ou la société des années 1960, mais en revanche, le vote qu'elle a exprimé en faveur de François Fillon témoigne d'un attachement profond à des formes, des usages qui lui semblent menacés: la sobriété, la simplicité, le bon sens. L'attachement à l'histoire aussi, discipline très gravement abîmée. L'attachement à l'école si durement attaquée depuis des années et pas seulement par Najat Vallaud-Belkacem. On avait reproché à Nicolas Sarkozy d'aborder le thème de l'identité nationale, mais ce reproche était très injuste. Il y a une identité nationale, une culture et une civilisation françaises. Elles sont larges, riches de mille apports, mais nous leur devons ce que nous sommes. Quand Pierre Moscovici affirme ne pas croire que la France a des racines chrétiennes, c'est absurde. La France est la fille d'Athènes, Rome et Jérusalem. On peut considérer que la France aujourd'hui n'est plus chrétienne, mais personne ne peut refaire l'histoire. On peut supprimer les classes de latin et de grec mais pas les siècles durant lesquels Socrate et Virgile ont irrigué nos intelligences. François Fillon, avec sobriété, un tour provincial que moquent certains Parisiens, un peu contents d'eux, a rappelé ces évidences, et ça lui a permis de remporter la primaire.

Est-il dans la filiation de Georges Pompidou?

Ses discours font écho au «Arrêtez d'emmerder les Français» de l'ancien président. On pourrait évoquer aussi ses sourcils broussailleux ou sa passion pour les voitures de course. Sur ce dernier point, je m'avance toutefois prudemment puisque ces voitures, comme toutes les automobiles, ne sont plus autorisées à rouler sur la voie qui porte justement le nom de Georges-Pompidou. Ailleurs, dans Paris, elles sont au touche-touche et il faut leur coller des pastilles en tous sens. Des petites choses qui, à terme, vont détourner les Français de la voiture (c'est peut-être même le but de toutes ces contrariétés) et c'est toute l'industrie automobile et les emplois qui vont avec qui en seront les premières victimes. C'est le génie propre des socialistes: complexifier ce qui était simple. François Hollande avait promis un choc de simplification, mais ce sont les complications qui se multiplient pour nos concitoyens, à coups de règles, de normes, de vignettes, d'octrois.

Que pensez-vous d'Emmanuel Macron?

C'est, lui aussi, un personnage très romanesque. Il est jeune, intelligent, plein de charme: une sorte de Lucien de Rubempré. J'ajoute que pour accéder au pouvoir aujourd'hui - et je ne dis pas cela pour moi - il est un impératif: que votre nom se termine par «on». Fillon, Mélenchon, Hamon, Peillon et Macron obéissent à cette règle phonique.

Est-il de gauche?

Il est deux personnes dont on ne sait si elles veulent enterrer définitivement le socialisme ou le perpétuer: Manuel Valls et Emmanuel Macron. J'ai beaucoup de sympathie pour les deux, ils ne tombent pas dans les excès de Mélenchon, Hamon ou Montebourg, ils sont tous les deux l'illustration du glissement à droite de la société française, mais s'ils sont la droite du Parti socialiste, ils restent dans la galaxie socialiste.

Emmanuel Macron est socialiste?

Écoutez: il a été le conseiller du chef de l'État pendant les trois années durant lesquelles François Hollande était le plus à gauche! À Lille, il fait applaudir Pierre Mauroy et François Mitterrand! Emmanuel Macron, c'est le socialisme aux accents des libertaires américains. Nul ne sait s'il continuera la politique de Hollande ou s'il fera tout l'inverse. Fillon, nous savons ce qu'il fera, Mélenchon aussi. Macron, c'est le grand flou. Entre l'électeur de gauche et l'électeur de droite qui votent pour Macron, l'un des deux, forcément, sera cocu, mais toute l'intelligence de Macron est de faire croire à l'un que ce sera l'autre et inversement.

Il reste donc volontairement à l'intersection de la droite et de la gauche…

Chaque homme politique a un animal pour totem. Churchill, c'était le lion. Emmanuel Macron, c'est la chauve-souris de la fable. On le dit de droite: «Moisouris! Voyez mes ailes.» On le classe à gauche: «Qui fait l'Oiseau? c'est le plumage. Je suis Souris: vivent les Rats!»

C'est très habile, et ça lui permet de ne pas répondre à la seule question qui vaille: Est-il en marche pour sauver le socialisme ou pour en être le fossoyeur?

La primaire de la gauche vous intéresse-t-elle?

Tout peut avoir un intérêt et nous pourrions, sans difficulté, parler de Jean-Luc Bennahmias ou de François de Rugy. Rappeler les textes fanatiques de Vincent Peillon quand il était ministre de l'Éducation nationale. Mais la vérité oblige à dire que, politiquement, l'enjeu de cette primaire est très réduit. Manuel Valls fait ce qu'il peut pour l'emporter, Arnaud Montebourg montre son talent oratoire, mais rien n'en sort. Si, il n'y a qu'une idée qui est sortie de cette primaire, et elle est catastrophique: c'est le revenu universel. Benoît Hamon, sans le savoir sans doute, a repris une idée défendue par Maurice Druon dans Le Figaroil y a trente ans. Le revenu universel, c'est sympathique, ingénieux et ça ne coûte que quelques centaines de milliards d'euros! La vérité est que le gagnant de la primaire ne représente pas un danger pour François Fillon. Pour le candidat de la droite, le danger vient de Marine Le Pen et d'Emmanuel Macron.

Et Jean-Luc Mélenchon?

Il faudrait qu'il bénéficie des ralliements de Benoît Hamon et d'Arnaud Montebourg (vainqueurs ou vaincus) pour parvenir au second tour. Cela semble peu probable. Cela dit, un second tour entre Mélenchon et Marine Le Pen ressemblerait à un cauchemar national.

Marine Le Pen peut-elle gagner l'élection présidentielle?

Ce qui paraissait absurde il y a quelques années, impensable il y a quelques mois apparaît depuis quelques semaines comme une possibilité certes peu probable mais réelle. J'ai toujours combattu le Front national dont une partie du programme - retour au franc, sortie de l'Europe - mènerait la France au bord de gouffres vertigineux. En revanche, la diabolisation de ses représentants, comme celle des électeurs, m'a toujours semblé moralement condamnable et politiquement contre-productive. C'était une arme utilisée sans complexe et avec cynisme par François Mitterrand. Ses héritiers en abusent malheureusement. Le seul candidat qui, aujourd'hui, est en mesure de réduire le FN, c'est François Fillon. Quand la droite assume pleinement son rôle, l'extrême droite retombe à des niveaux très inférieurs aux scores qu'elle fait aujourd'hui. Nicolas Sarkozy, en 2007, en avait fait la preuve.

Après le Brexit, êtes-vous inquiet?

Prise entre l'Amérique de Trump, le Royaume-Uni de May et la Russie de Poutine, la France ne va tout de même pas se jeter dans les bras de la Chine! C'est l'Europe qui doit relever la tête pour se montrer à la hauteur de son histoire et de sa puissance. Pour cela, il faut plus que jamais renforcer le couple franco-allemand. À notre humble mesure, nous souhaitons inviter le président de la République allemande à l'Académie française. C'est un symbole, mais la politique est faite de symboles. En ce sens, le discours de Macron prononcé en anglais à Berlin m'a désagréablement surpris, et même choqué. Je n'ai jamais été un acharné de la francophonie, mais avec Trump qui nous tance depuis Washington et le Brexit, pourquoi continuer à subir l'hégémonie de l'anglais ?

 

Cet article a été publié dans l'édition du Figaro du 

 



22/01/2017
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