Ouf, Sarko Est Revenu

Ouf, Sarko Est Revenu

DU CÔTÉ DE CHEZ JEAN


JEAN D’ORMESSON SOUTIENT FILLON

Jean soutient François Fillon. Sourire

Ses analyses fines, ses connaissances et sa mémoire illimitées, sa sagesse burinée au soleil par le temps, son esprit lumineux jalonnent ce dialogue savoureux. Seuls ils suffisent en termes d’arguments. Lisez ! Et vous ne vous poserez plus la question de savoir pour qui voter, au cas où vous douteriez encore de la pertinence de Chateaubriand, cher au coeur de Jean, quand il disait que “presque toujours, en politique, le résultat est contraire à la prévision.” Clin d'œil

 

Laurence MW

 


 

François Fillon - Jean d'Ormesson: «La France que nous voulons»

ENTRETIEN EXCLUSIF - Jean d'Ormesson et François Fillon ont accepté la proposition du Figaro Magazine de se rencontrer. Un dialogue savoureux entre l'écrivain, membre de l'Académie française, et le candidat de la droite et du centre, à quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle. Par Carl Meeus et  Guillaume Roquette - Publié le 20/04/2017 à 17h32

 

Jean D'ORMESSON. - On a beaucoup dit de cette campagne présidentielle qu'elle a été stupéfiante, extraordinaire, atroce, inédite. J'imagine qu'elles sont toutes extrêmement dures, mais la vôtre, me semble-t-il, a été particulièrement cruelle. Je ne suis pas sûr que les deux débats successifs, notamment celui avec les onze candidats, aient pu éclairer les électeurs. Alors que nous sommes à quelques heures du premier tour, quel souvenir gardez-vous de cette campagne?

 

François FILLON. - C'est, jusqu'ici, l'épreuve la plus dure que j'ai dû affronter dans mon existence! Toutes les campagnes présidentielles ont été difficiles depuis le début de la Ve République. Il y a toujours eu de basses attaques, des procès personnels faits aux candidats, de droite la plupart du temps. Mais celle-ci a vraiment été particulière. Cette campagne révèle la crise politique que traverse le pays. Et François Hollande a une responsabilité dans cette situation. Voilà un homme qui n'a jamais vraiment exercé de responsabilités nationales avant son élection et qui, à mon sens, n'a jamais été vraiment un chef de l'Etat. En revanche, c'est un manœuvrier d'une extrême habileté. Un homme qui, tout au long de sa vie, a développé une capacité à monter des coups, tirer les ficelles dans les coulisses, élaborer d'impossibles synthèses pour noyer ses adversaires. N'est-il pas arrivé à cet exploit que cette campagne se déroule sans que jamais son bilan ne soit discuté? C'est incroyable! Il a complètement échoué dans sa politique, il ne peut même pas se représenter tellement son bilan est calamiteux et pourtant on est prié de passer à autre chose comme si son jet d'éponge avait fonctionné comme une ardoise magique!

 

Jean D'ORMESSON. - Exactement! Il y a eu un rejet très fort de François Hollande. Enfin, tout de même, il y a eu 80 % d'opposition à son quinquennat. Tout à coup, on a l'impression que ces 80 % d'opposition à Hollande ont disparu! Et, en fin de compte, ce sont les surgeons de Hollande qui représentent vos concurrents.

 

 

François FILLON. - Parce qu'il n'a pas pu être candidat, il a inventé un candidat pour jouer les prolongations. Il est impossible, aujourd'hui, de croire à cette fable qui fait d'Emmanuel Macron un Brutus.

 

Jean D'ORMESSON. - Emmanuel Macron est une créature de Hollande. Je me rappelle avoir déjeuné avec lui dans les derniers mois de son ministère. Je lui avais dit: «Vous serez acculé à partir à un moment donné. Vous ne pourrez pas jouer la chauve-souris continuellement. “Je suis oiseau, voyez mes ailes. Je suis souris, vivent les rats”.» Certes, il critiquait le gouvernement mais, finalement cela revenait à s'attaquer lui-même. Après tout, il a longtemps été le conseiller économique de Hollande à l'Elysée, puis son ministre de l'Economie.

 

François FILLON. - L'opération Macron a permis d'éviter le débat sur le hollandisme tout en mettant en place une forme de continuité politique avec un candidat se parant des habits de la nouveauté et d'une certaine transgression. Mais le caractère artificiel, voire grossier, de l'opération a été dévoilé. Les changements de pied sont tellement nombreux qu'ils donnent le tournis. Emmanuel Macron a pris position contre la déchéance de nationalité. À l'Assemblée, pendant une séance je lui avais envoyé un petit mot. Je lui écrivais: «Après les 35 heures, l'ISF… vous venez une nouvelle fois sur mes positions. Jusqu'où irez-vous?» Il m'avait répondu: «Mais j'y suis déjà. Voyons-nous.» Evidemment, on ne s'est pas vus, mais il est inquiétant de voir un projet varier de façon aussi considérable pour des raisons de pures tactiques électorales. Mais c'est grâce à cet enfumage permanent que Macron est apparu comme libéral au départ. Du coup, certains de mes amis libéraux ont hésité quand ils ne nous soutenaient pas tous les deux. Quand je leur dis qu'ils ne peuvent pas continuer à le soutenir, compte tenu de ce qu'il propose maintenant, c'est-à-dire un projet qui s'inscrit dans la continuité socialiste, avec énormément de dépenses publiques, pas de diminution du déficit, ils me répondent que cela n'a aucune importance car ce n'est pas ce qu'il fera. Une fois élu il fera autre chose, me disent-ils. Or cette attitude est précisément ce qui jette du discrédit sur la politique.

 

Jean D'ORMESSON. - Quand on vous écoute, on comprend que le seul renouvellement raisonnable, c'est vous. Alors bien sûr, il peut y en avoir d'autres. Avec Jean-Luc Mélenchon, qui a énormément de talent, ou Marine Le Pen, mais ce serait un bouleversement catastrophique. Il me semble que vous êtes le seul à concilier le sursaut national qui s'impose après le quinquennat Hollande et le refus catégorique d'une sortie de l'Europe qui serait monstrueuse pour la France. Que se passe-t-il dans les six mois qui suivent votre élection?

 

François FILLON. - Le pays va très mal et, sans une dynamique de compétitivité très puissante, je pense que nous n'arriverons pas à redresser la situation et à arrêter la glissade. Mon projet vise à agir fortement sur les leviers bloqués de la compétitivité de l'économie française. C'est-à-dire la réforme du marché du travail, la réforme de la fiscalité et les mesures qui amorcent la baisse de la dépense publique. Je sais que ces mesures seront difficiles à prendre mais, en même temps, la campagne a été tellement dure que, si je gagne ce scrutin, il y aura une dynamique pour les élections législatives très puissante qui permettra d'agir vite. L'effet de surprise sera considérable. Une grande partie du système médiatique a tellement répété que je ne pouvais pas être élu que l'impulsion sera énorme. Ma victoire sera vraiment celle d'un pays qui veut reconquérir sa fierté et passer à l'action. Mon élection permet de renouer avec le cours normal de la politique: pour l'élection législative, nous sommes prêts, nous avons 577 candidats issus de l'alliance de la droite et du centre. La gauche dite plurielle sera devenue la gauche plus rien en raison de ses divisions. Les Français comprendront que je n'ai pas accepté pendant trois mois et demi la violence du traitement qui m'a été réservé pour baisser les bras au lendemain de l'élection présidentielle. Si j'ai fait tout ce chemin, c'est pour aller au bout du redressement national. La persévérance que j'ai mis dans cette candidature c'est pour changer notre pays et en faire la première puissance européenne.

 

Jean D'ORMESSON. - Vous avez fait preuve d'une fermeté, d'un courage, d'une audace qui devraient vous rapporter des voix. Mais beaucoup de voix de la droite vous manquent pour le moment. La rumeur a joué contre vous de manière extrêmement forte. Il n'est pas impossible cependant, aucun de nous ne peut le dire avec certitude, que tout le débat se retourne en votre faveur. Si les gens reconnaissent qu'il y a eu des problèmes, ils considèrent aussi que l'acharnement contre vous, dont Mme Angot a été le symbole, est allé trop loin.

 

François FILLON. - Le système, en raison de la concurrence entre les chaînes d'information, de l'immédiateté liée aux réseaux sociaux, agit comme un miroir déformant. L'économie médiatique a besoin de dévorer les événements et les hommes. Cela a fini par se retourner en ma faveur. La première réaction des Français devant l'avalanche d'informations est évidemment de la déception, de l'hostilité ou de la critique, mais il y a un moment où l'acharnement révèle une entreprise systématique de démolition politique.

 

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 Crédits photo : Sandrine Roudeix pour Le Figaro Magazine

 

 

Jean D'ORMESSON. - Vous avez toujours assuré que vous seriez au second tour. Etes-vous toujours aussi optimiste à quelques heures du scrutin?

 

François FILLON. - Plus que jamais!

 

Jean D'ORMESSON. - Plus que jamais?

 

François FILLON. - Oui, pour deux raisons. Tout d'abord, il y a une volonté majoritaire dans le pays d'une alternance en faveur de la liberté et, plus largement, des valeurs que je défends comme l'autorité, la transmission ou la souveraineté. Le deuxième élément qui m'a fait tenir, c'est la mobilisation des électeurs. Cela a été bien peu relayé, mais moi je peux vous dire que dans mes meetings j'ai senti une mobilisation comme je n'en avais jamais connu.

 

Jean D'ORMESSON. - On l'a senti lors du meeting du Trocadéro. On a eu l'impression, dans cette période, que vous aviez touché le fond de la piscine…

 

François FILLON. - C'est assez juste!

 

Jean D'ORMESSON. - … et que vous remontiez. La foule du Trocadéro était très impressionnante.

 

François FILLON. - Le Trocadéro a été un moment absolument clef. La veille, je réfléchissais sérieusement à la question de savoir si je pouvais maintenir ma candidature…

 

Jean D'ORMESSON. - Vous vous êtes posé la question?

 

François FILLON. - Ah oui vraiment, je peux vous le dire. Je suis un homme, je ne suis ni une machine ni un produit de marketing. Le samedi soir, je me suis interrogé. Si la mobilisation avait été faible, je crois que j'aurais renoncé parce que la seule chose qui me donnait de la légitimité et de la force, c'était de retrouver à cet instant crucial le peuple de France. Et puis, rapidement, il s'est avéré qu'il n'y avait pas de plan B. Mon devoir était de me défendre et de faire gagner «une certaine idée de la France».

 

Jean D'ORMESSON. - Un des arguments qui vous est opposé c'est qu'au second tour, face à Marine Le Pen, vous attireriez moins de voix de gauche qu'Emmanuel Macron n'attirerait de voix de droite s'il se qualifiait. En fin de compte, ceux qui défendent cette thèse expliquent que, voter utile contre le FN, c'est voter Macron.

 

François FILLON. - Je récuse totalement cette idée selon laquelle Macron serait un meilleur rempart contre le FN. Je pense même exactement l'inverse ; ce serait faire un fantastique cadeau concédé à Madame Le Pen qui aura vite fait d'endosser la défense, même illusoire, des déçus de la politique et des désespérés de la situation sociale pour nous jouer la France contre les bobos. Le seul et véritable rempart, c'est moi et mon projet contre le déclin national.

 

Jean D'ORMESSON. - C'est un élément qui me paraît important. Vous êtes déjà le mieux placé des candidats en ce qui concerne l'opposition à François Hollande. En tout cas, mieux placé que Macron! Si en plus vous êtes le meilleur rempart contre le FN, cela vous donne un deuxième avantage qui me paraît décisif.

 

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 Crédits photo : Sandrine Roudeix pour Le Figaro Magazine

 

 

François FILLON. - J'ajouterai un autre argument: les élections législatives. Chacun voit bien que Macron est dans l'incapacité de réunir une majorité. Ses candidats internet ne tiennent pas la route une minute. Je ne sais pas combien seront élus, mais ça se comptera sur les doigts de la main. Nos candidats aux législatives sont déjà en place et font campagne. Beaucoup bénéficient déjà d'une forte implantation locale. Les Français doivent comprendre que Macron ne peut pas avoir de majorité. Ou alors, s'il en a une, ça ne peut être qu'une majorité de gauche. Moi, je serai un président avec une majorité d'action cohérente. La France a besoin d'être dirigée, pas d'être gérée selon les méthodes de la IVe République.

 

 

Jean D'ORMESSON. - Emmanuel Macron a commis plusieurs erreurs dans cette campagne. Quand il a parlé de crime contre l'humanité à propos de la colonisation de l'Algérie, quand il a expliqué qu'il n'y avait pas de culture française, évidemment. J'ai trouvé aussi assez ennuyeux qu'il prononce en anglais un discours quand il est allé en Allemagne. Pendant le Brexit! C'est un détail, mais c'est un détail important, je trouve. D'une certaine façon, vous représentez une certaine continuité de l'histoire de France quand Macron représente une continuité de la pensée hollandaise. Une histoire qui, comme disait Napoléon, est solidaire à la fois du Comité de salut public et de Jeanne d'Arc. Je me demande encore pourquoi il a dit qu'il n'y avait pas de culture française.

 

 

François FILLON. - Parce qu'il le croit (rires). Il ne connaît pas la France. Hollande la connaissait, par son ancrage corrézien. Macron, c'est une équipe de financiers et de communicants qui pensent qu'on peut prendre le pouvoir en utilisant des technologies modernes pour faire ce qu'ils ont toujours fait: des fusions-acquisitions (rires).

 

 

Jean D'ORMESSON. - En vous écoutant, on se dit que le plus raisonnable, c'est de voter pour vous. Vous représentez un équilibre entre la continuité française et l'appartenance à l'Europe, entre la culture et la modernité, entre le pouvoir présidentiel et le pouvoir parlementaire. Nous sommes quelques-uns à refuser la sortie de l'Europe et le rejet de l'Europe tout en reconnaissant toutes les difficultés que représente une Europe menacée par la faillite. N'êtes-vous pas le seul à défendre une certaine conception de l'Europe?

 

François FILLON. - Ma filiation politique est souverainiste. Certains s'étonnent et m'interrogent sur le fait que je sois aujourd'hui un défenseur aussi vigoureux d'une Europe puissante. C'est pour une raison simple. Le monde a changé, les menaces qui pèsent sur l'Europe sont considérables: la domination politique américaine, qui s'est accentuée, la domination économique chinoise, qui est sous-estimée, l'instabilité liée au totalitarisme islamique, qui fait peser des risques terroristes et de guerres. Je suis gaulliste: la France doit être souveraine dans une Europe souveraine! Aujourd'hui, notre pays a perdu sa capacité d'influence dans l'Union européenne en raison de son chômage, de ses déficits, de sa faiblesse politique. La France a disparu du pilotage politique de l'Europe, laissant l'Allemagne seule. Or l'Allemagne n'est pas en mesure de diriger l'Europe. Elle est puissante mais inhibée par son passé et paralysée par son système politique fondé sur le compromis, le consensus. Du coup, il n'y a plus de pilote dans l'avion européen. C'est pour cela que je défends une initiative franco-allemande très puissante pour relancer l'Europe autour de quelques priorités stratégiques comme la monnaie, les frontières, la sécurité et la recherche.

 

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Crédits photo : Sandrine Roudeix pour Le Figaro Magazine

 



Jean D'ORMESSON. - La clef de l'avenir de la France et de l'Europe, c'est l'entente franco-allemande. L'essentiel est là. C'est très bien d'avoir une alliance avec l'Angleterre, mais c'est le couple franco-allemand qu'il faut défendre absolument. Nier que l'Angleterre soit liée aux Etats-Unis, c'est absurde. Comme disait Oscar Wilde, ces deux pays ont tout en commun sauf la langue. J'aime l'Italie et la Grèce, la Méditerranée a compté pour moi mais, pour défendre une politique européenne, je me tourne vers la France et l'Allemagne, plus que vers l'Italie ou la Grèce.

 

François FILLON. - La relation entre la France et l'Allemagne est unique. Elle tient à la géographie, à l'histoire, à la culture, au poids des économies. Tous ceux qui ont voulu nier cette relation se sont cassé les dents sur ces réalités. Il n'y a pas de front possible des pays du sud de l'Europe contre ceux du nord, pas d'entente cordiale qui puisse permettre de contrebalancer cette réalité. Il y aura toujours la Manche entre l'Angleterre et nous. Je partage avec vous une grande attirance et une grande proximité avec l'Italie et l'Espagne. Mais c'est justement parce que je les connais bien que je sais qu'il n'y a aucune possibilité de front du Sud.

 

Jean D'ORMESSON. - Je vais vous parler d'un problème que j'ignore complètement mais ne faudrait-il pas remettre sur le tapis la question d'une harmonisation fiscale de l'Europe?

 

François FILLON. - La fiscalité, c'est le cœur de mon projet européen. Je préconise une initiative de la France et de l'Allemagne en faveur d'une harmonisation fiscale dans le cadre de la zone euro. Avec un calendrier précis. En cinq ans, on peut harmoniser la fiscalité des entreprises et en dix ans celle des ménages. Ça ne veut pas dire des fiscalités identiques mais des fiscalités comparables.

 

Jean D'ORMESSON. - À propos de l'Europe, je ne peux m'empêcher de penser à ses racines judéo-chrétiennes et gréco-romaines. Mme Belkacem a fait beaucoup de mal avec le latin et le grec. Je sais bien que Raymond Aron disait qu'on ne pourrait pas défendre éternellement un système éducatif fondé exclusivement sur le latin et le grec, mais il faut absolument garder le latin et le grec comme une excellence liée à nos origines. Je ne suis pas sûr que M. Bayrou ait fait mieux que Mme Belkacem à l'Education nationale.

 

François FILLON. - Notre système éducatif doit revenir à des choses simples, de bon sens. L'école a échoué parce qu'elle a perdu de vue l'essentiel. Une école primaire qui forme aux savoirs fondamentaux, qui hisse les élèves vers l'excellence, assume son autorité, son sens de la transmission des valeurs républicaines. Avant de faire la réforme du système éducatif, il y a une décision importante à prendre: mettre à la tête de l'Education nationale une personnalité qui ait une autorité intellectuelle et académique. C'est fondamental. On ne peut pas demander aux enseignants, qui sont pour beaucoup des gens dévoués et de qualité, de reconnaître une quelconque autorité à des militants politiques sans prestige. Quant à cette place du latin et du grec qui, je le sais, vous tient à cœur comme à beaucoup de nos compatriotes, j'ajouterai qu'il est vain de parler en permanence d'humanisme si on refuse l'apprentissage de nos humanités.

 

Jean D'ORMESSON. - Plusieurs personnes m'ont parlé d'une espèce de froideur que vous auriez montrée à l'égard d'infirmières au cours d'un reportage pendant cette campagne. J'ai été très frappé de la qualité du personnel hospitalier français. Je ne parle pas seulement des mandarins mais aussi des infirmières, des filles de salle. J'ai pu, ayant été malade, constater à quel point ce sont des gens merveilleux. Il faudrait peut-être mettre un peu d'humanité là-dedans, vous ne trouvez pas?

 

François FILLON. - Je n'aurais jamais dû accepter…

 

Jean D'ORMESSON. - Ce déjeuner?

 

François Fillon. - Non (rires). Ce piège de «L'Émission politique» de France 2. C'était un montage, avec des coupes. J'ai le plus grand respect pour le personnel hospitalier. Dans le dialogue avec les infirmiers, j'expliquais qu'on allait recruter du personnel pour les maisons de retraite. Une partie de la souffrance du personnel vient de la désorganisation du système. Si l'hôpital n'était pas devenu le seul lieu d'accueil de toutes les pathologies, les infirmières seraient plus sereines et les personnels hospitaliers pourraient mieux se consacrer à leur travail. On a bureaucratisé le système de santé, tué progressivement la médecine libérale et les alternatives privées. L'hôpital ne peut pas accueillir toutes les urgences, à tout moment. Il faut retrouver un équilibre.

 

Jean D'ORMESSON. - Au fond, je crois qu'on peut dire en conclusion de notre échange que vous êtes le seul souverainiste capable de sauver l'Europe, le seul démocrate qui puisse avoir assez d'autorité pour assurer la sécurité des Français et le seul conservateur qui soit en même temps un libéral.

 

François FILLON. - Il y a une phrase de votre cher Chateaubriand que j'aime beaucoup. Elle est tirée des Mémoires d'outre-tombe: «Le péril s'évanouit quand on ose le regarder.» Tel est bien l'enjeu de cette campagne.

 

 


20/04/2017
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FILLON N’A PAS PERDU

Le scénario de la présidentielle 2017 ressemble à un torchon écrit avec les pieds.

Dit autrement, le récit national de ces trois derniers mois a été piétiné par ses mauvais rapporteurs, des mauvais journalistes contempteurs des  personnages principaux, un comble !

Jean d’Ormesson rend à ce récit la fibre romanesque qui sied aux transitions historiques. Parce qu'un homme politique n’est qu’un homme, écartelé entre ses espoirs, ses choix et ses faiblesses, il n’est jamais ce monstre Fillon ou cet ange Macron vendus pas les médias. En tout cas les libraires n’auraient pas vendu beaucoup de ce livre-là ! 

L’histoire écrite pas Jean est à la fois plus humaine, plus subtile, plus vraie, bref ! bien plus romanesque et vous réserve l’incontournable renversement de situation à la fin ... Clin d'œil

 

À lire sans modération Sourire

 

ÉCRIVEZ L’HISTOIRE AVEC FILLON OU CE PAYS EST FOUTU

Laurence MW

 


 

 

VERBATIM

 

Jean d'Ormesson au Figaro : pourquoi François Fillon n'a pas perdu

Par Jean d'Ormesson 
Publié le 03/04/2017 à 19h14

 

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TRIBUNE - L'écart qui sépare Macron et Fillon dans les sondages va probablement se resserrer, argumente l'écrivain*.

 

Obscure jusqu'à la confusion, traitée d'inouïe, de jamais vu, d'invraisemblable par une presse en transes, la situation politique en France, à quelques jours d'une élection décisive, prend soudain une allure de simplicité biblique. 

 

Il y a d'abord une extrême droite et une extrême gauche très puissantes. À elles deux, avec, à leur tête, deux figures charismatiques, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, elles représentent presque la moitié du corps électoral. Entre un Français sur trois et un Français sur quatre vote Le Pen. Près d'un Français sur six vote Mélenchon. En tout, autour de 40 % de la population française. 

 

Le reste, soit un peu moins de 60 %, est partagé - inégalement - entre ce qu'on appelait il y a encore quelques semaines la droite et la gauche. Ou plutôt la droite et les gauches. Entre Macron, Fillon et Hamon. L'intéressant est qu'en quelques mois, en quelques semaines, la droite s'est effondrée et la gauche a explosé. 

 

Hier se déroulaient des sortes d'assises ou de congrès, plutôt contestables, qu'on appelait des primaires et qui paraissent déjà appartenir à un passé révolu. Après une primaire réussie, la droite semblait assurée d'une victoire annoncée. Elle prenait successivement les visages de Sarkozy - une évidence -, de Juppé - c'était sûr -, de Fillon - c'était réglé d'avance. Et puis, surgissait la catastrophe légale, juridique, morale et la droite dégringolait. Après une primaire ratée, la gauche, déjà éprouvée par cinq ans de Hollande, volait en éclats. Entre la droite et la gauche, contre la droite et la gauche, surgissait un triomphateur, un phénix, l'idole des temps nouveaux: Macron.

 

Emmanuel Macron était le triomphe de l'oxymore. Il était de gauche, mais il célébrait Jeanne d'Arc au côté de Philippe de Villiers. Il était socialiste, oui, oui, mais il n'était pas socialiste, non, non. Il rassemblait autour de lui Dominique de Villepin et Robert Hue, Alain Madelin et Dany Cohn-Bendit, sans parler de l'ineffable Bayrou qui, après avoir voté pour Ségolène Royal et pour François Hollande, lui apportait en grande pompe le soutien du centre droit. Valls mettait la touche finale en se séparant de Hamon pour rejoindre Macron. 

 

Incarnée par François Fillon, la droite morale et moraliste souffrait beaucoup. Fillon s'était débarrassé de Sarkozy en évoquant le général de Gaulle et le spectre de la mise en examen. Il avait craché en l'air pour se faire mouiller. Alimentées par une presse qui passait le relais à une justice empêtrée dans la politique, les révélations successives tombaient comme à Gravelotte. François Fillon manœuvrait en maître contre ses rivaux, contre Sarkozy, contre Juppé, mais sa popularité fondait comme neige au soleil. La droite s'était construite en opposition aux échecs répétés de Hollande. Son discrédit rendait des forces à une gauche vacillante. L'ennui est que, malgré les efforts de Manuel Valls et de quelques autres, le Parti socialiste s'effondrait. Fillon était déconsidéré et Hamon se révélait impuissant. Macron se préparait à régner. 

 

Intelligent, séduisant, incertain, contradictoire, un peu frêle, Emmanuel Macron est au plus haut. Il gagne sur tous les tableaux. Quand on gagne sur tous les tableaux, le risque est de perdre sur tous les tableaux. Après ces rappels du passé, regardons un peu vers l'avenir. C'est parce qu'il est si haut qu'il va descendre un peu. 

 

Le Pen a un socle. Mélenchon a un socle. Surprise: Fillon a un socle. Un socle ébréché, mais un socle tout de même. Macron n'a pas de socle. Il vit de la chute des autres.

 

Il est très douteux que Benoît Hamon réussisse à rebondir. On le quitte plutôt qu'on ne le rallie. Il a échoué à l'emporter sur Mélenchon. Il ne fera pas beaucoup d'ombre à Macron. 

 

Le danger pour Macron vient d'ailleurs. Il vient de son propre succès. Le succès a nui à Sarkozy, il a nui à Juppé, il a nui à Fillon, il a nui à Hamon. On parierait volontiers qu'il va nuire à Macron.

 

Emmanuel Macron a fait toute sa carrière politique à l'ombre de François Hollande. Hollande l'a choisi, l'a choyé, l'a protégé. Macron a sans doute trahi Hollande, mais il n'a jamais cessé de le servir et de l'imiter. La politique de Hollande, si largement rejetée par une majorité écrasante de Français, c'est Macron qui l'a mise en œuvre comme conseiller économique, puis excusez du peu, comme ministre de l'Économie. Il a quitté à la dernière minute le Hollandais en train de couler - mais voilà qu'il reconstruit autour de lui, de façon hallucinante, qu'il le veuille ou non, le décor auquel il a fait semblant de se dérober. Il y avait, dans la lignée de Hollande, une constellation Valls, avec Le Drian et quelques autres, et avec Macron. Il y a maintenant, toujours dans la lignée de Hollande, une constellation Macron, avec Valls, avec Le Drian et avec quelques autres. Hollande était le maître que Macron a servi avant de le trahir. Mais Macron continue à le servir après l'avoir trahi. Brutus assassin est toujours aimé de César. Macron est la revanche et la consolation de Hollande. 

 

S'il fallait parier, on dirait que Mélenchon et Hamon vont bouger assez peu - Mélenchon assurément vers le haut à cause de son talent et Hamon vers le bas à cause de sa situation. Marine Le Pen va rester stable et puissante - avec peut-être une légère baisse: les Français sont plus attachés qu'on ne le croit à l'Europe et à l'euro et ils hésiteront, au dernier instant, à rompre avec ce qui reste l'ultime et le seul grand projet de notre époque. Ceux qui vont bouger plus ou moins fortement, c'est Macron et Fillon. Macron vers le bas et Fillon vers le haut. 

 

Macron a pris des voix en grand nombre à un Parti socialiste en miettes et à un Fillon affaibli par les affaires. On va découvrir peu à peu que le modèle de Macron, c'est Hollande. Ce souci de concilier les contraires, cette façon de se dire à gauche en agissant à droite, ces divisions permanentes contre soi-même. Il va perdre des voix de droite qui s'étaient jetées vers lui par désespoir. Et il va perdre des voix de gauche qui crient déjà à la trahison.

 

Fillon, toujours ferme, peut-être trop ferme, toujours droit dans ses bottes trouées, toujours implacable malgré ses malheurs, va finir par tirer bénéfice des attaques d'une violence inouïe qu'il a subies pendant des mois. Il n'est pas sûr qu'il ait agi contre les lois, il n'est pas sûr qu'il ait commis des fautes. Il a commis des erreurs, ce qui est déjà fâcheux pour un homme d'État. Ces erreurs - et c'est méritoire -, il les a reconnues devant un peuple français légitimement indigné. Mais peut-être indigné aussi du traitement subi par le seul opposant de poids à la politique de Hollande. 

 

Ce traitement va d'accusations ridicules à des soupçons assez graves. L'histoire des cadeaux est absurde. Les affaires de penderie ont quelque chose de honteux. Il n'est pas impossible que le choix de Mme Christine Angot pour lui porter contradiction dans une célèbre émission politique ait révulsé pas mal de téléspectateurs. Le jeu des soupçons est compliqué. D'un côté, les soupçons sur la façon d'agir de François Fillon ; de l'autre, les soupçons sur une machination politique. 

 

Ne parlons même pas de «cabinet noir». Ce qui est certain, c'est qu'une certaine manipulation du temps politique, une évidence de précipitation peuvent donner lieu à interrogations. La France a toujours connu, sous tous les régimes, une tentation de justice politique. L'affaire Fouquet sous Louis XIV: Fouquet était sans doute coupable ; l'était-il beaucoup plus que Mazarin, si habile, ou Colbert qui l'attaquait? Fouquier-Tinville ou Carrier, sous la Terreur, étaient convaincus d'incarner la morale et d'agir pour le bien de la nation. Le général de Gaulle lui-même n'a pas reculé devant les tribunaux militaires et une forme assez poussée de justice politique. Une magistrature qui est passée par l'épisode regrettable du «mur des cons» peut prêter aux soupçons. 

 

François Fillon n'est pas blanc bleu. Il n'est pas l'ange exterminateur dont il a trop souvent endossé l'uniforme. Mais il n'est pas exclu que les charlatans de vertu qui n'ont cessé de l'accabler ne valent pas mieux que lui. 

 

Le candidat de la droite et du centre n'a jamais cessé d'assurer que tout se jouerait dans les trois dernières semaines, voire dans les quinze derniers jours de la campagne. Nous y voilà. On soutiendrait volontiers qu'un mouvement va se produire entre Macron et Fillon. Macron l'emporte de sept ou huit points sur Fillon. C'est énorme. Macron va perdre quelques points. Fillon va en gagner quelques-uns. Assez pour assurer un basculement décisif? Qui le sait? Ce qui est probable, c'est que l'écart va se resserrer peu à peu. Toujours l'inattendu arrive. À moins, évidemment, qu'il ne se passe demain tout à fait autre chose d'imprévisible aujourd'hui. Car, refrain, dans un sens ou dans l'autre, nous sommes payés pour le savoir, toujours l'inattendu arrive. 

 

* De l'Académie française.

 


03/04/2017
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FILLON EXPLIQUÉ PAR JEAN

 

Ne vous méprenez pas ! Le dernier livre de Jean d'Ormesson n'est pas un guide. Le guide, c'est lui.

Il nous montre le chemin vers plus de sagesse, de hauteur, de lendemain. 

Comme nous, il s'est attristé du sort injustement réservé à Nicolas Sarkozy. Comme nous il est resté fidèle à l'homme, à l'ami.

Mieux que nous, il sait poursuivre sur le chemin de l'alternance sans errer à chaque carrefour : car entre Hamon, Mélenchon, Le Pen, Macron ... et Fillon, on ne peut hésiter, au risque de définitivement s'égarer. Dans l'interview accordée au Figaro, il nous remet vite fait dans la bonne direction avec cette lucidité, cette fulgurance d'esprit et d'humanité qui le caractérisent.

Lumineux. Éclairant. Bref guidant.

À suivre les yeux fermés.

Laurence MW

 

 

 

Jean d'Ormesson : «Le projet de Fillon est celui dont la France a besoin»

Le FigaroPremium Par Vincent Tremolet de Villers

 

INTERVIEW - De l'Académie à l'Élysée, il suffit de traverser la Seine et l'ancien directeur du Figaro passe avec une incroyable aisance de la rive littéraire à la rive politique. Rien ne lui échappe : ni l'état inquiétant du pays, ni les récents bouleversements géopolitiques, ni les épisodes d'une campagne électorale particulièrement romanesque.

 

LE FIGARO.-Vous avez connu nombre de campagnes présidentielles. Comment jugez-vous celle qui se déroule en ce moment?

Jean D'ORMESSON.- Ce qui me frappe, mais c'est sans doute une déformation professionnelle, c'est le côté romanesque de cette campagne. Quels sont les ressorts de ce roman vrai? Le fait que le monde change à une vitesse impressionnante. Prenons le plan extérieur. En forçant un peu les choses, mais à peine, nous sommes face à une Amérique protectionniste et à un président chinois, communiste, qui plaide pour la perpétuation du libre-échange. Sur le plan intérieur, il est quand même rare qu'un chef de parti (qui est en même temps chef de l'État) soit à ce point hostile à son propre camp. La rupture entre Hollande et le Parti socialiste est totale. À tel point qu'au théâtre du débat de la primaire, le président a préféré celui où Michel Drucker faisait son one-man-show. C'est anecdotique, mais c'est l'anecdote qui fait le sel des romans. Cela témoigne d'une indifférence absolue à la bataille qui oppose Valls, Hamon, Montebourg, Peillon. Mitterrand après de Gaulle, Jean-Paul II et tant d'autres ont participé activement à la destruction du Parti communiste. François Hollande (et nous devons lui en être reconnaissants) a fait comme son maître: il a détruit le Parti socialiste.

À droite aussi, c'est romanesque?

Le surgissement de François Fillon était imprévisible. Je m'en suis réjoui, même si je considère que l'on a été injuste avec Nicolas Sarkozy. Il a fait une campagne vaillante et s'est montré plein de panache et d'élégance dans son discours d'adieu. Dans un roman, finir n'est pas facile et sa fin était belle et mélancolique.

Qu'est-ce qui vous plaît chez François Fillon?

Tout ce que l'on reproche à Fillon me paraît assez positif. On l'a attaqué parce qu'il a dit «Je suis chrétien». Quelle était sa faute? Après tout, en France, on a le droit d'être socialiste et de le dire, on le droit d'être trotskiste, on a le droit d'affirmer «Je suis fier d'être juif» ou «Je suis fier d'être musulman» et l'on ne pourrait pas dire «Je suis chrétien»! Cette conviction profonde n'empêche en rien d'appliquer scrupuleusement la laïcité politique et François Fillon l'a excellemment rappelé.

On lui reproche aussi un programme sévère…

Que faut-il d'autre? La situation de notre pays est tellement critique, notre système tellement à bout de souffle que nous avons besoin d'un tempérament ferme et même inflexible. François Mitterrand disait «Contre le chômage, on a tout essayé.» Si rien ne marche, il faut changer de vision, de méthode, de pratique. Pourquoi continuer la politique si c'est pour accompagner un déclin inéluctable? Si nous ne pouvons plus avoir aucune influence sur la société et l'économie, c'est la politique elle-même qui disparaît au profit d'une forme d'accompagnement psychologique.

François Hollande lui-même a fait le choix dans la deuxième partie de son mandat de tourner le dos à ce qu'il avait promis. Le principe de réalité s'est imposé à lui, au grand malheur des gens de gauche, qui se sont sentis légitimement trahis. Le problème est que le chef de l'État a tenté de coller des rustines en catastrophe, et ce dont les gens ne veulent plus, c'est justement la politique de la rustine.

On qualifie François Fillon de conservateur et lui-même, cependant, pourfend le conservatisme…

Autrefois la nouveauté, l'audace créatrice, l'émancipation d'un modèle imposé étaient à gauche. Aujourd'hui c'est l'inverse: François Fillon s'en prend à juste titre au conservatisme et à l'immobilisme de ceux qui considèrent que la politique a pour objet de perpétuer un système qui prend l'eau de toute part. La droite, en l'espèce, n'est pas conservatrice parce qu'il n'y a sans doute pas grand-chose à conserver d'une politique qui multiplie les pauvres, donne à des syndicats de moins en moins représentatifs un pouvoir démesuré et empêche ceux qui veulent améliorer leur vie par leur travail de le faire. Toute la difficulté pour François Fillon est d'expliquer aux classes moyennes et aux classes populaires que la perpétuation du système sera pire que des réformes, certes importantes et parfois difficiles, mais dont chacun pourra ensuite recueillir les fruits. Il faut qu'il parvienne à épargner aux plus pauvres les efforts qu'exigent ces réformes et à les convaincre qu'ils en seront, plus tard, les premiers bénéficiaires.

On reproche aussi à Fillon d'être «réactionnaire»…

La droite ne veut pas retourner en arrière, restaurer la monarchie ou la société des années 1960, mais en revanche, le vote qu'elle a exprimé en faveur de François Fillon témoigne d'un attachement profond à des formes, des usages qui lui semblent menacés: la sobriété, la simplicité, le bon sens. L'attachement à l'histoire aussi, discipline très gravement abîmée. L'attachement à l'école si durement attaquée depuis des années et pas seulement par Najat Vallaud-Belkacem. On avait reproché à Nicolas Sarkozy d'aborder le thème de l'identité nationale, mais ce reproche était très injuste. Il y a une identité nationale, une culture et une civilisation françaises. Elles sont larges, riches de mille apports, mais nous leur devons ce que nous sommes. Quand Pierre Moscovici affirme ne pas croire que la France a des racines chrétiennes, c'est absurde. La France est la fille d'Athènes, Rome et Jérusalem. On peut considérer que la France aujourd'hui n'est plus chrétienne, mais personne ne peut refaire l'histoire. On peut supprimer les classes de latin et de grec mais pas les siècles durant lesquels Socrate et Virgile ont irrigué nos intelligences. François Fillon, avec sobriété, un tour provincial que moquent certains Parisiens, un peu contents d'eux, a rappelé ces évidences, et ça lui a permis de remporter la primaire.

Est-il dans la filiation de Georges Pompidou?

Ses discours font écho au «Arrêtez d'emmerder les Français» de l'ancien président. On pourrait évoquer aussi ses sourcils broussailleux ou sa passion pour les voitures de course. Sur ce dernier point, je m'avance toutefois prudemment puisque ces voitures, comme toutes les automobiles, ne sont plus autorisées à rouler sur la voie qui porte justement le nom de Georges-Pompidou. Ailleurs, dans Paris, elles sont au touche-touche et il faut leur coller des pastilles en tous sens. Des petites choses qui, à terme, vont détourner les Français de la voiture (c'est peut-être même le but de toutes ces contrariétés) et c'est toute l'industrie automobile et les emplois qui vont avec qui en seront les premières victimes. C'est le génie propre des socialistes: complexifier ce qui était simple. François Hollande avait promis un choc de simplification, mais ce sont les complications qui se multiplient pour nos concitoyens, à coups de règles, de normes, de vignettes, d'octrois.

Que pensez-vous d'Emmanuel Macron?

C'est, lui aussi, un personnage très romanesque. Il est jeune, intelligent, plein de charme: une sorte de Lucien de Rubempré. J'ajoute que pour accéder au pouvoir aujourd'hui - et je ne dis pas cela pour moi - il est un impératif: que votre nom se termine par «on». Fillon, Mélenchon, Hamon, Peillon et Macron obéissent à cette règle phonique.

Est-il de gauche?

Il est deux personnes dont on ne sait si elles veulent enterrer définitivement le socialisme ou le perpétuer: Manuel Valls et Emmanuel Macron. J'ai beaucoup de sympathie pour les deux, ils ne tombent pas dans les excès de Mélenchon, Hamon ou Montebourg, ils sont tous les deux l'illustration du glissement à droite de la société française, mais s'ils sont la droite du Parti socialiste, ils restent dans la galaxie socialiste.

Emmanuel Macron est socialiste?

Écoutez: il a été le conseiller du chef de l'État pendant les trois années durant lesquelles François Hollande était le plus à gauche! À Lille, il fait applaudir Pierre Mauroy et François Mitterrand! Emmanuel Macron, c'est le socialisme aux accents des libertaires américains. Nul ne sait s'il continuera la politique de Hollande ou s'il fera tout l'inverse. Fillon, nous savons ce qu'il fera, Mélenchon aussi. Macron, c'est le grand flou. Entre l'électeur de gauche et l'électeur de droite qui votent pour Macron, l'un des deux, forcément, sera cocu, mais toute l'intelligence de Macron est de faire croire à l'un que ce sera l'autre et inversement.

Il reste donc volontairement à l'intersection de la droite et de la gauche…

Chaque homme politique a un animal pour totem. Churchill, c'était le lion. Emmanuel Macron, c'est la chauve-souris de la fable. On le dit de droite: «Moisouris! Voyez mes ailes.» On le classe à gauche: «Qui fait l'Oiseau? c'est le plumage. Je suis Souris: vivent les Rats!»

C'est très habile, et ça lui permet de ne pas répondre à la seule question qui vaille: Est-il en marche pour sauver le socialisme ou pour en être le fossoyeur?

La primaire de la gauche vous intéresse-t-elle?

Tout peut avoir un intérêt et nous pourrions, sans difficulté, parler de Jean-Luc Bennahmias ou de François de Rugy. Rappeler les textes fanatiques de Vincent Peillon quand il était ministre de l'Éducation nationale. Mais la vérité oblige à dire que, politiquement, l'enjeu de cette primaire est très réduit. Manuel Valls fait ce qu'il peut pour l'emporter, Arnaud Montebourg montre son talent oratoire, mais rien n'en sort. Si, il n'y a qu'une idée qui est sortie de cette primaire, et elle est catastrophique: c'est le revenu universel. Benoît Hamon, sans le savoir sans doute, a repris une idée défendue par Maurice Druon dans Le Figaroil y a trente ans. Le revenu universel, c'est sympathique, ingénieux et ça ne coûte que quelques centaines de milliards d'euros! La vérité est que le gagnant de la primaire ne représente pas un danger pour François Fillon. Pour le candidat de la droite, le danger vient de Marine Le Pen et d'Emmanuel Macron.

Et Jean-Luc Mélenchon?

Il faudrait qu'il bénéficie des ralliements de Benoît Hamon et d'Arnaud Montebourg (vainqueurs ou vaincus) pour parvenir au second tour. Cela semble peu probable. Cela dit, un second tour entre Mélenchon et Marine Le Pen ressemblerait à un cauchemar national.

Marine Le Pen peut-elle gagner l'élection présidentielle?

Ce qui paraissait absurde il y a quelques années, impensable il y a quelques mois apparaît depuis quelques semaines comme une possibilité certes peu probable mais réelle. J'ai toujours combattu le Front national dont une partie du programme - retour au franc, sortie de l'Europe - mènerait la France au bord de gouffres vertigineux. En revanche, la diabolisation de ses représentants, comme celle des électeurs, m'a toujours semblé moralement condamnable et politiquement contre-productive. C'était une arme utilisée sans complexe et avec cynisme par François Mitterrand. Ses héritiers en abusent malheureusement. Le seul candidat qui, aujourd'hui, est en mesure de réduire le FN, c'est François Fillon. Quand la droite assume pleinement son rôle, l'extrême droite retombe à des niveaux très inférieurs aux scores qu'elle fait aujourd'hui. Nicolas Sarkozy, en 2007, en avait fait la preuve.

Après le Brexit, êtes-vous inquiet?

Prise entre l'Amérique de Trump, le Royaume-Uni de May et la Russie de Poutine, la France ne va tout de même pas se jeter dans les bras de la Chine! C'est l'Europe qui doit relever la tête pour se montrer à la hauteur de son histoire et de sa puissance. Pour cela, il faut plus que jamais renforcer le couple franco-allemand. À notre humble mesure, nous souhaitons inviter le président de la République allemande à l'Académie française. C'est un symbole, mais la politique est faite de symboles. En ce sens, le discours de Macron prononcé en anglais à Berlin m'a désagréablement surpris, et même choqué. Je n'ai jamais été un acharné de la francophonie, mais avec Trump qui nous tance depuis Washington et le Brexit, pourquoi continuer à subir l'hégémonie de l'anglais ?

 

Cet article a été publié dans l'édition du Figaro du 

 


22/01/2017
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CIRCONréVOLUTION SARKOZYSTE

Réconfortant, juste après avoir pris la difficile décision de soutenir Fillon, d'apprendre que Jean d'Ormesson choisit également cette option.
Je ne cherche pas de caution, ni d'excuse, pour justifier ce choix éminemment personnel. S'il m'en fallait brandir une, ce serait sans conteste Nicolas Sarkozy que j'invoquerais sans hésiter. Car comment se revendiquer sarkozyste et manquer aujourd'hui du courage et de la dignité dont il a su faire preuve dès le soir de sa défaite, soutenant sans concession celui par qui il avait été battu ?
Je comprends tous mes amis qui défendent la position inverse, contre Fillon, tous ceux qui ne peuvent dépasser leur colère, leur écoeurement, leur rancoeur, je comprends ô combien puisque cette posture était encore la mienne il n'y a pas si longtemps. Je ne juge ni ne désapprouve. Chacun doit faire face à ses propres contradictions. J'ai déjà eu fort à faire avec les miennes.
 
 
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Maintenant, l'heure est à l'apaisement, à l'enveloppante chaleur diffusée par mon cher Jean, par sa sagesse, sa fulgurance, sa bienveillance. Son ironie aussi. Il a trop vécu, trop approché l'humain et ses faiblesses, trop vu l'envers du décor politique pour se laisser émouvoir par une trahison de plus, par une injustice de plus. Jean est toujours tourné vers demain parce qu'il est rempli de la mémoire collective qui nous fait à tous défaut. C'est le secret de son éternelle jeunesse.
C'est aussi pour cela qu'il est visionnaire et coupe l'herbe sous le pied à tous les commentateurs bigleux et acrimonieux : disant de Fillon qu'il est "le seul qui propose quelque chose de révolutionnaire", il fait montre d'une clairvoyance bien rare en ces temps de disette intellectuelle, la pensée ayant été depuis trop longtemps stérilisée par la bienpensance de tout bord. 
 
De toute façon, au cas où on ne serait pas convaincu, le salvateur exercice de la comparaison remet les idées en place Langue tirée
Voter pour le PS ? le FN ? JAMAIS. Voter pour les égotistes esseulés - Guaino, Dupont-Aignan, Macron - qui disperseront les voix aux seules fins de sacrifier au culte de leur ego démesuré, tous au nom du général de Gaulle dans un pathétique dévoiement de sa pensée et de son action ... ? Pas davantage.
Alors quoi ? Voter blanc ? J'avoue, j'y ai pensé. C'était même ma première résolution. Retranchée dans une sorte de posture puriste, une esthétique de la perfection politique. Bref, de l'inutilité ! Mais Ouf ! Est-ce le vent du Nord, le froid glacial ou bien le froid dans le dos à imaginer Le Pen ou la gauche au pouvoir dans quatre mois, toujours est-il que je viens de me rappeler que les gens que j'admire ont tous été capables, à un moment de leur vie, d'effacer leur moi haïsable au profit de l'intérêt général. Il était temps. 
 
Laurence MW
 
 
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14/01/2017
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JEAN SOUTIENT OUF !

«  Il y a des jours, des mois, des années interminables où il ne se passe presque rien. Il y a des minutes et des secondes qui contiennent tout un monde. » Jean d'Ormesson

 

 

Et je me souviens de cet instant où le regard de Jean a croisé le mien. 

Pétillant et bienveillant, vif et doux, curieux et attentif, espiègle et sage.

Tout son monde d’intelligence, de culture, de voyages, de liberté, de bonté, d’impertinence, que j’aime tant, me submergea en cette seconde d’éternité terrestre.

Comble de la générosité, Jean me remercia d’être à lui seul une « rubrique » - Du côté de chez Jean - de ma page Facebook et de ce blog ! 

Comment vous dire, moi, MERCI, mon cher Jean d’Ormesson, sans platitude ni mièvrerie, merci d’exister et d’être un humain quand, parfois, il est si difficile de le rester ? MERCI d’élever les âmes et les coeurs à l’heure morose du doute et du ricanement. MERCI de soutenir mes valeurs et l’homme qui les incarne.

 

MERCI.

 

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Laurence MW


22/10/2016
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