Ouf, Sarko Est Revenu

Ouf, Sarko Est Revenu

LETTRE OUVERTE À LUC FERRY

Cher Luc Ferry,

 

Je vous aimais bien. 

Je sais, ça commence mal, à la fois dans l’affect et dans le passé.

 

Bon, alors pour quitter le registre affectif, disons : je vous respectais.

Parce que vous êtes philosophe et que j’aime la philo, parce que vous êtes clair et que le jargon me hérisse, parce que vous êtes percutant et que l’intelligence me donne l’illusion d'être intelligente.

Et en plus vous êtes beau-gosse, ce qui n’est pas désagréable Langue tirée.

 

Pour revenir au présent, je vais devoir vous manquer de respect. 

D’avance, pardon.

Mais je suis obligée de vous le dire : concernant le référendum contre Sarkozy (aussi appelé «primaire» de la droite ... ou de la gauche, on ne sait plus trop), concernant l’élimination de l’ancien président et le plébiscite de Fillon, concernant les élites et le populisme, concernant la vérité et le mensonge, vous dites n’importe quoi.

 

1/ Vous prétendez dans le Figaro que Nicolas Sarkozy est un «populiste» manipulant le peuple avec les passions tristes et le «rejet démagogique des élites». Vous allez même jusqu’à nous dire qu’on l’a échappé belle, vu le «danger» qu’il faisait courir au pays Surpris : là, vous poussez le bouchon un peu trop loin quand même; une telle outrance liminaire met le lecteur au parfum, il sait à quoi s’en tenir pour la suite. 

 

Vous nous expliquez donc qu’il (le «dangereux» populiste, Nicolas Sarkozy) «s'arroge la prétention exorbitante d'être la voix des sans-voix, le porte-parole d'une majorité silencieuse dont seul il serait capable d'exprimer les angoisses». 

 

Question : Vous qui vous arrogez la prétention exorbitante d’être la voix des élites, le porte-parole des intellectuels, des observateurs éclairés, dans le Figaro, à la matinale de Radio-Classique ou sur les plateaux télé, ne seriez-vous pas mal placé pour lui donner des leçons de légitimité ?

Pour le dire autrement, Nicolas Sarkozy ne s’arroge rien du tout. Car lui, il est mandaté depuis bientôt quarante ans par ce peuple qu’il a maintes fois rencontré en sillonnant la France qui s’étend au-delà du périphérique parisien, il est mandaté par ce peuple qui lui a donné sa voix via les urnes, l’a élu maire, puis député, puis président, afin qu’il exprime ses angoisses et y remédie.

 

Vous, qui vous a élu ? Qui vous a donné ce droit que vous vous arrogez de parler au nom de ceux qui savent, au nom de ceux qui jugent, au nom de ceux qui décident qui est le peuple et qui sont les élites ?

D’autorité, vous classez ceux qui ont fait des études, réussi leur vie professionnelle et acquis certaines compétences, parmi ces élites en question. Je conteste avec force votre affirmation. J’ai fait des études, j’ai réussi ma vie professionnelle et acquis certaines compétences mais je n’ai rien de commun avec les élites ciblées par l’ancien président, «ce petit Paris mondain» qui forme le club très fermé des bobos intellos bienpensants, détenant les codes du Beau et du Bien. Car ce sont bien eux que dénonce Nicolas Sarkozy : les élites qui se choisissent entre elles et excluent tout ce qui ne pense pas comme elles, pas les élites au mérite (qui ont fait des études, réussi leur vie ... etc.lesquelles portent au contraire l'ADN sarkozyen par excellence Sourire.

 

2/ Vous prétendez que Nicolas Sarkozy serait mal placé pour critiquer les élites dont il ferait partie, selon vous. Et du coup, hop ! vous changez la définition des élites qui deviennent ces «politiques qui depuis des décennies vivent dans les beaux quartiers, les ors de la République, les avions privés, les voitures avec chauffeur et les hôtels cinq étoiles où ils ne fréquentent que des «people» que tout sépare du peuple.» (Parce qu’évidemment, hein, hors de question d’attribuer à Sarkozy la définition de l’élite intellectuelle qui a fait des études ...)

 

À nouveau, vous glosez à contre-sens, puisque le fait de fréquenter des palaces, de voyager dans des jets privés et de fêter sa victoire au Fouquet’s, c’est bling-bling, c’est vulgaire, c’est tellement ringard, beurk ! c’est tout ce que détestent ... les élites ciblées par Nicolas Sarkozy !

 

Questions : Ne peut-on côtoyer un monde sans en partager toutes les caractéristiques ni toutes les valeurs ? Mieux, n’est-il pas plus pertinent, voire impertinent, de dénoncer ce que l’on connaît de l’intérieur ? Et quand vous mettez dans le même panier d'élite le riche des beaux quartiers, le people surexposé et le diplômé de catégorie sociale supérieure, que vous «ne vous embarrassez pas de nuances», n’avez-vous pas la légère impression de tomber dans cette démagogie que vous imputez à Nicolas Sarkozy ?

 

En réalité, l’élite universitaire que vous êtes, Luc Ferry, sait très bien qu’on n’emploie pas un mot polysémique sans en définir le sens au préalable. S’y risquer est au mieux un manque de rigueur, au pire une preuve de malhonnêteté intellectuelle. Si jouer sur le sens du mot «élite» vous permet de faire des papiers à charge contre Nicolas Sarkozy, cela ne vous permet pas de leurrer l’élite populaire, issue de «cette majorité silencieuse qui ne manifeste pas, qui ne bloque pas, qui ne revendique pas» mais qui pense Langue tirée.

 

3/ Vous prétendez que le populiste (le «dangereux» Nicolas Sarkozy) utiliserait «une politique de la haine et de la colère».

Quand on sait de quelles vilénies a été victime l’ancien président, ce qu’il a enduré comme campagnes de calomnies, injures, caricatures et cabales médiatico-judiciaires, comment il a été lynché, diffamé, détesté, haï sans relâche par ... ces élites qui n’ont rien tant adoré que antisarkozyster, comment vous dire ... mon incrédule amusement ? Rigolant

 

4/ Vous prétendez sur Radio-Classique que le vote pour François Fillon est la victoire de la vérité !

Roulements de tambours ! «C’est extraordinaire que, pour une fois, quelqu’un soit élu en disant la vérité (...) C’est un vote anti-populiste par excellence» Rigolant 

J’ai gardé le meilleur pour la fin. Fillon élu en disant la vérité !!! 

Pas un électeur sur dix qui a voté Fillon ne connaît le contenu de son programme, à part peut-être son slogan : « Qui imagine le général de Gaulle mis en examen ? », qui n’est pas populiste ni anti-sarkozyste pour un sou, bien sûr ... Incertain 

Fillon a engrangé des voix sur base d’intentions mensongères, de votes parjures de 18% d’électeurs de gauche venus coûte que coûte karchériser Sarkozy ! Fillon est le gagnant de la pire fumisterie électorale de la Ve République, une primaire de droite en lieu et place du premier tour de la présidentielle.

Pour la bonne (enfin mauvaise) raison que le vote pour Fillon est un vote anti-sarkozyste. Alors il aurait bien pu dire n’importe quoi, si Juppé n’avait pas eu la mauvaise idée de se rapprocher de Bayrou, détesté de la droite toutes tendances confondues, le rush se serait fait comme initialement prévu sur Juppé et pas sur lui.

La vérité, c’est que Fillon fut le premier ministre de Nicolas Sarkozy pendant cinq ans et que ce vote filloniste aussi massif qu’inattendu, soi-disant d’adhésion, est une galéjade : on ne peut à la fois voter Fillon et faire le procès du mandat de Sarkozy dont il fut solidaire.

La vérité, c’est que François Fillon s’oppose aux élites de la même façon que Nicolas Sarkozy.

La vérité, c’est que lors des débats de la primaire, Nicolas Sarkozy a été pris pour cible récurrente des six autres candidats et des journalistes, bouc-émissaire des élites liguées contre lui jusqu’au bout de cette mascarade élaborée pour l’éliminer.

 

La vérité, c’est que je n’ai jamais entendu Nicolas Sarkozy ricaner face à quelqu'un exprimant une pensée différente de la sienne, comme vous l’avez fait aux dépens de Philippe Tesson. Mais la vérité, c’est que Nicolas Sarkozy est, lui, d’une grande élégance. 

 

Laurence MW

 



25/11/2016
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