Ouf, Sarko Est Revenu

Ouf, Sarko Est Revenu

Constat d’un sage : la gauche est de plus en plus folle

Le Front National, « force est de constater qu'il est pour François Hollande, comme naguère pour François Mitterrand, un atout décisif et un allié objectif. Sans le Front national, la droite républicaine l'emporterait de loin sur la gauche. »
Jean d'Ormesson

 

 

La gauche est de plus en plus folle. D’accord, Jean ne le dit pas comme ça ! Mais c’est tout comme Rigolant.

Car de Mitterrand à Hollande, les socialistes n’ont eu de cesse d’utiliser le FN comme une arme de destruction massive anti-droite, afin de remuer les bas-instincts populaires pour faire basculer l’électorat dans un excès (frontiste) ou l’autre (bien-pensant) ... asséchant ainsi le réservoir des voix de la droite, plus guère soutenue que par l’humain raisonnable, qui comme tout le monde le sait ne constitue pas la majorité du genre Langue tirée !

Or, en 2015, la folie est devenue monstrueuse : la violence des actes terroristes a fait sombrer le pays dans l’horreur, les citoyens dans la peur, Hollande dans l’opportunisme politicien le plus abominable.

Paroxysme de la folie à gauche ? Même pas sûr. Ils peuvent encore faire pire. C’est terrifiant.

LMW

 

 

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Jean d'Ormesson : 2016, un tsunami politique ?

 

FIGAROVOX/TRIBUNE - L'écrivain de l'Académie française s'interroge sur les conséquences à venir des deux séries d'événements qui ont marqué l'année 2015 : la vague d'attentats et le glissement vers la droite de la vie politique.

 

L'année 2015 en France aura été marquée par deux séries d'événements indépendants et liés: une guerre d'un genre nouveau sur le territoire national et la droitisation du pays.

 

L'image que gardera des douze mois écoulés la mémoire collective, c'est celle des massacres en masse qui ont endeuillé la nation de janvier à novembre: le sang qui coule à flot, les corps sans vie, les blessés achevés dans un délire de barbarie, une violence aveugle servie par la misère, par la drogue, par une idéologie religieuse dévoyée et devenue folle. Après soixante-dix ans de paix - une durée rare dans notre histoire -, la guerre était de retour.

 

Une guerre très différente des conflits du passé. Une guerre sans chars ni canons, sans uniformes, sans fronts, sans champs de bataille définis. Une guerre descendue dans la rue où les civils devenaient des soldats et où le hasard aveugle l'emportait sur les leçons de l'école de guerre et sur les manœuvres savantes. Une guerre de surprises et de terreur où, au même titre que les forces armées au-dessus de tout éloge, les passants, les femmes, la jeunesse étaient en première ligne.

 

Ce retour d'une violence anonyme, aléatoire et barbare coïncidait avec un glissement vers la droite de la vie politique et le renforçait encore. Du discours du Bourget en 2012 au remplacement de Jean-Marc Ayrault par Manuel Valls, de la finance dénoncée comme l'ennemie à l'arrivée d'Emmanuel Macron au ministère de l'Économie, des élections présidentielle et législatives aux élections municipales et régionales, le moins que l'on puisse dire est qu'un grand pas a été franchi de la gauche vers la droite.

 

Comme la littérature, la politique est - ou devrait être - une grande et noble activité. Et, comme la littérature, elle est à l'origine d'un nombre effarant de contre-vérités et de stupidités

 

Par les électeurs. Par l'opinion publique. Par les intellectuels. Par le pouvoir d'origine socialiste lui-même, passé d'une union de la gauche traditionnelle depuis le Programme commun à une social-démocratie ou peut-être même à un social-libéralisme assumés. Comme François Mitterrand, François Hollande a renoncé à l'alliance avec la gauche extrême pour se rapprocher du centre gauche.

 

Évidente et spectaculaire, l'évolution du président de la République a été compliquée et facilitée par la progression non moins évidente et non moins spectaculaire du Front national.

 

Comme la littérature, la politique est - ou devrait être- une grande et noble activité. Et, comme la littérature, elle est à l'origine d'un nombre effarant de contre-vérités et de stupidités. La gauche n'a jamais cessé de dénoncer une collusion - imaginaire - entre la droite et le FN. Et la droite ne s'est pas privée de dénoncer la collusion - également imaginaire - entre la gauche et le FN. Essayons, si possible, de dire des choses simples et vraies.

 

Sans le Front national, la droite républicaine l'emporterait de loin sur la gauche. Avec le Front national, rien n'est joué

 

La droite - pourquoi le nier? - partage un certain nombre d'idées avec le Front national: un patriotisme au bord du nationalisme, le goût de l'ordre et de l'autorité, l'horreur des combinaisons politiciennes et des astuces subalternes, une volonté affichée de lutter contre la corruption et les contradictions trop flagrantes. Refusant de diaboliser le Front national et de condamner comme «immoral» le vote en sa faveur, la droite républicaine considère pourtant avec détermination et fermeté le Front national comme un adversaire politique, et peut-être son principal adversaire.

 

La gauche socialiste est opposée au Front national avec la même rigueur. Sans doute le dénonce-t-elle à tort comme une organisation d'extrême droite: le FN était situé à l'extrême droite au temps de Jean-Marie Le Pen, mais, après avoir accueilli - les sondages l'établissent- tant d'anciens communistes, il ne l'est plus au temps de Marine. La gauche ne reste pas moins farouchement hostile au Front national. Elle le condamne avec sincérité.  

 

Et force est de constater qu'il est pour François Hollande, comme naguère pour François Mitterrand, un atout décisif et un allié objectif. Sans le Front national, la droite républicaine l'emporterait de loin sur la gauche. Avec le Front national, rien n'est joué.

 

Les attentats, la violence, la guerre larvée ont eu trois conséquences. La première : renforcer encore le Front national, devenu aussi antimusulman qu'il était antisémite ; la deuxième : servir de tremplin à François Hollande qui utilise l'insécurité pour faire oublier le chômage et l'appauvrissement général ; la troisième : ouvrir le champ du possible à une recomposition hypothétique du paysage politique

 

Les attentats, la violence, la guerre larvée ont eu trois conséquences. La première: renforcer encore le Front national, devenu aussi antimusulman qu'il était antisémite ; la deuxième: servir de tremplin à François Hollande qui utilise l'insécurité pour faire oublier le chômage et l'appauvrissement général ; la troisième: ouvrir le champ du possible à une recomposition hypothétique du paysage politique.

 

Échauffant les esprits, l'affaire de la déchéance de nationalité des terroristes binationaux a semé le trouble à la fois chez les socialistes déchirés et chez les Républicains divisés. Elle vient se greffer sur une lassitude assez marquée des Français à l'égard du jeu politique traditionnel. Les deux figures majeures du pouvoir et de l'opposition, Hollande et Sarkozy, souffrent l'un et l'autre d'une désaffection au moins temporaire, non seulement de la part de leurs adversaires, mais, plus grave, au sein de leur propre camp. Adulé par ses fidèles, Nicolas Sarkozy est attaqué avec violence par la gauche et par toute une partie de la droite. Porté au pouvoir par une coalition de l'extrême gauche, de la gauche, des écologistes et d'un centre emmené par François Bayrou, Hollande voit ses partisans se dévorer entre eux et lui mesurer leur soutien.

 

Les esprits sont si déboussolés et à droite et à gauche que le résultat sur le vote de la révision de la Constitution est douteux

 

Personne n'ira prétendre que François Hollande est porteur d'une vision historique de l'avenir. Mais il est un politique d'une habileté consommée. Abandonné par toute une frange des siens, il cherche à profiter des divisions de ses adversaires pour rebattre les cartes et prendre la tête d'un nouvel ordre des choses. Le projet peu concluant d'un front républicain allait déjà dans ce sens. Le couvert est remis avec la réunion le mois prochain d'un nouveau Congrès de Versailles chargé d'approuver, à la majorité des trois cinquièmes, une révision de la Constitution.

 

Le pari est risqué et le président joue gros dans cette aventure. Il lui est désormais impossible de reculer sous peine de ridicule et la partie n'est pas gagnée. Toute l'affaire repose sur le remplacement des voix qui manqueront à gauche par des voix du centre et de la droite. Les esprits sont si déboussolés et à droite et à gauche que le résultat est douteux. La seule certitude est que les quatre voix du Front national, qui, en cas de succès de la recomposition d'un front républicain plus ou moins unifié, pourra se présenter comme le seul adversaire du pouvoir, sont acquises à Hollande.

 

Le plus frappant et le plus intéressant est que toutes les issues comportent des inconvénients et apparaissent comme périlleuses.

 

François Hollande s'est lancé dans une aventure aux conséquences imprévisibles. Il s'agit tout simplement de faire sauter le vieux système de l'opposition droite-gauche pour une construction nouvelle qui, excluant les extrêmes, irait de la gauche au centre gauche ou au centre droit. Une sorte de tsunami politique dont le seul bénéficiaire serait à coup sûr François Hollande lui-même

 

 

Si Hollande échoue, il sera évidemment affaibli. Mais s'il l'emporte, il devra son succès à la droite et il se coupe de toute une partie non seulement de la gauche mais même du Parti socialiste. Pour bien boucler le cercle et par un joli paradoxe, l'opposition, qui devrait tirer bénéfice de l'embarras présidentiel, n'est pas beaucoup mieux lotie dans cette sombre affaire que le pouvoir en place: elle hésite cruellement à permettre à un président qu'elle n'approuve pas de faire passer un texte qu'elle approuve.

 

Coincé de toutes parts, les yeux fixés sur 2017, François Hollande s'est lancé dans une aventure aux conséquences imprévisibles. Il s'agit tout simplement de faire sauter le vieux système de l'opposition droite-gauche pour une construction nouvelle qui, excluant les extrêmes, irait de la gauche au centre gauche ou au centre droit. Une sorte de tsunami politique dont le seul bénéficiaire serait à coup sûr François Hollande lui-même, impatient de faire oublier avant l'échéance de 2017 ses promesses non tenues sur le chômage, sur la dette, sur une croissance toujours faible, sur un niveau de vie en baisse. Ou, mieux encore, de faire partager par l'opposition les échecs de sa politique. Le piège est dressé.

 

2015 a été une année cruelle pour la France. Dieu sait ce que nous réserve 2016. Une seule chose est sûre: que le grand chambardement réussisse ou échoue, nous ne nous ennuierons pas dans cette année qui s'ouvre, excitante et encore obscure.

 

Jean d'Ormesson

 

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 05/01/2016.

 



06/01/2016
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