Ouf, Sarko Est Revenu

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JEAN D’ORMESSON, L’OPTIMISTE LUMINEUX ET ÉCLAIRÉ

S’il demeure un HOMME D’ESPRIT ET D’HONNEUR qui assume ses choix aujourd'hui, c’est bien Jean. Avec lucidité et enthousiasme ! Les deux ingrédients du bonheur ?

 

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source photo : couverture du Figaro Magazine, édition du 02 janvier 2015

 

 

Guillaume Roquette pour le Figaro Magazine a questionné Jean sur l’optimisme. Il nous livre avec sa pertinence malicieuse son regard sur la situation politique du pays. 

LMW

 

Un sondage récent fait de vous l’écrivain qui incarne le mieux l’optimisme aux yeux des Français. Ce costume d’« écrivain du bonheur » est-il difficile à porter ?

Jean d’Ormesson - Oui. C’est un excès d’honneur. Je sais très bien que le monde est sinistre, qu’il y a le chômage, le terrorisme, le cancer… Tout ça n’est pas gai et il faut vraiment l’optimisme chevillé au corps pour être heureux malgré tout.

Qu’est-ce qui est de nature à vous rendre optimiste dans la France d’aujourd’hui ?

Ce n’est pas une question facile ! Vous savez que les Français, selon une étude internationale, sont plus pessimistes que les Afghans et les Irakiens, ce qui est un peu paradoxal quand on voit ce qui se passe dans ces malheureux pays. Bien sûr, il y a aussi des gens malheureux en France, mais plutôt moins qu’ailleurs. Nous vivons quand même dans un pays libre, la liberté d’expression n’a pas été défaite par François Hollande. Je l’ai suffisamment attaqué pour pouvoir l’affirmer. Et puis, nous sommes encore en sécurité dans la rue, même s’il ne faut pas le dire trop vite.

D’autres motifs d’optimisme ?

Les Français ont des ressources formidables, on a eu deux prix Nobel cette année et il faut s’en réjouir. Il y a aussi les institutions de la Ve République, qui font tenir ce gouvernement et maintiennent la paix civile. C’est un formidable paradoxe : Mitterrand s’est glissé avec délice dans ces institutions qu’il n’avait cessé de dénoncer violemment et, aujourd’hui, elles sauvent littéralement Hollande.

Mais notre économie ne va pas bien.

Bien sûr. Etre français aujourd’hui, c’est partir avec un lourd handicap dans la chasse au bonheur, à cause de notre gouvernement. Il ne cesse de dénoncer les plaies qu’il a creusées lui-même, et sur lesquelles il s’acharne à mettre des sparadraps au lieu de changer de programme. Hollande s’est fait élire sur des promesses qu’il n’a évidemment pas tenues, et il ne sait plus quoi faire. Nous pouvons être optimistes pour nous-mêmes, mais l’être pour la France dans les deux ans qui viennent me paraît vraiment très difficile.

Deux ans, ce n’est pas si long.

C’est vrai. Il y a deux ans et demi, la France était entièrement socialiste, du département à l’Assemblée nationale en passant par l’Elysée. Aujourd’hui, le socialisme est vomi partout et tout porte à croire que la droite reviendra au pouvoir en 2017. La France peut repartir : supposez que tout à coup le travail au noir soit légalisé, il n’y aurait plus de chômage du tout. Ce qu’il faut, c’est en finir avec cette économie entièrement bridée. Il ne faut pas faire de petites mesurettes, il faut tout changer. Ce n’est pas la personne de Hollande qu’il faut attaquer. C’est le système socialiste. Vous connaissez cette formidable formule de Benjamin Constant : « Que l’Etat se contente d’être juste, nous nous chargerons d’être heureux ! »

Parmi nos responsables politiques, qui a le plus de raisons d’être optimiste pour 2015 ? Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen ?

Le Front national a deux atouts. Il pose les bonnes questions, comme disait Laurent Fabius, et son leader Marine Le Pen entraîne les foules au moment où la droite et la gauche tergiversent. Mais je suis contre elle pour deux raisons : d’abord parce que je suis attaché à l’Europe, et que je crois que ce serait une folie de l’abandonner, la France seule ne représente presque plus rien. Ensuite, le remplacement de l’euro par le franc serait une catastrophe.

Nicolas Sarkozy ?

Je crois que, finalement, c’est lui qui est le plus capable de s’opposer au Front national. On lui a beaucoup reproché sa campagne droitière en 2012, mais prendre des voix au FN, cela me paraissait tout à fait légitime. Si quelqu’un a aidé le FN, c’est d’abord Mitterrand, qui se disait que c’était bon pour diviser l’opposition, et c’est Hollande par sa politique.

Alain Juppé ?

Il y a quelque chose qui me gêne, c’est sa proximité avec Bayrou. Bayrou est un homme très sympathique, mais il a voté pour la gauche en 2007, et encore en 2012. A tout péché miséricorde, mais tout de même !

Et François Hollande ?

Il ne faut surtout pas lui donner des raisons d’être optimiste, mais plutôt lui en retirer. Il croit tellement à lui-même, quand il répète éternellement les mêmes choses avec ses chocs et ses pactes que ça tourne au comique de répétition. Hollande est optimiste mais il est bien le seul !

Vous souvenez-vous de votre état d’esprit quand François Mitterrand est arrivé au pouvoir en 1981 ? Vous étiez très pessimiste ?

Le 11 mai 1981, j’avais écrit un article sur plusieurs colonnes dans Le Figaro, qui était titré « J’appelle Mitterrand au tribunal de l’histoire. » Il est resté deux septennats, mais il a fini par partir. Vous savez que c’est avec moi qu’il a eu son dernier rendez-vous à l’Elysée avant la transmission de pouvoir en 1995. Je me souviens qu’on avait demandé à Roger Hanin pourquoi Mitterrand m’avait convié. Il avait répondu : « Je connais bien mon beau-frère. Je crois qu’il voulait s’amuser, il a choisi le plus con ! » (rires)

Vous pensez que le pessimisme des Français n’est que passager ?

Je n’en suis pas sûr. Le monde entier est peut-être entré dans une période d’inquiétude. Elle est plus forte chez nous qu’ailleurs. En Asie ou en Afrique, les gens peuvent encore être certains que leurs enfants vivront mieux qu’eux, mais ici ? Pendant des siècles, le monde n’a pas bougé, ou très peu. Evidemment, il y avait des changements, l’invention du feu, de la roue, de l’écriture, de l’imprimerie… mais ça allait très lentement. Depuis cent cinquante ans tout a changé en même temps : la science, c’est un lieu commun, mais aussi la religion, la société. Pendant des millénaires, on n’était ni optimiste ni pessimiste parce que les choses ne changeaient pas. Demain était semblable à hier. Et puis arrivent la découverte de l’Amérique et de l’imprimerie, le XVIe siècle, les Lumières et l’explosion du XIXe siècle. C’est Victor Hugo qui en a le mieux parlé avec son grand mot : l’aurore. L’optimisme, c’est Hugo, qui pense que demain sera meilleur qu’aujourd’hui. Et le parti communiste a marché dans ses traces avec les lendemains qui chantent. Aujourd’hui, cela nous ferait rire ou pleurer. Même la science nous fait peur, pas qu’elle ait échoué mais qu’elle a trop bien réussi avec le clonage, le nucléaire et toutes ces choses.

Ce n’est pas très réjouissant…

Je vous dis tout cela et en même temps je ne crois pas que c’était mieux avant. Bizarrement, je suis de ceux qui croient qu’il y a une forme de progrès. Ne serait-ce que parce que nous vivons plus vieux. La médecine a fait des progrès formidables, il y a trente ans, quelqu’un comme moi serait mort !

Vous êtes un homme de droite qui croit au progrès ?

Je crois à l’égalité des gens, je crois aussi à une forme de progrès que la gauche a complètement abandonnée sous l’effet notamment des écologistes (je n’aime pas les socialistes, j’aime encore moins les écologistes). La science présente beaucoup de danger, mais il faut lutter contre ces dangers non pas par moins de science mais par davantage de science, une science qui puisse aussi créer sa propre éthique. A la fin du XIXe, il y avait deux grands savants, l’un français l’autre anglais, Marcellin Berthelot et Lord Kelvin, qui disaient : « La science a maintenant tout trouvé, nous connaissons le monde, nous ne ferons plus de grande découverte. » Et quinze ans plus tard arrivent Einstein et la relativité, Hubble, l’expansion de l’Univers, la mécanique quantique… Parler de l’avenir c’est vraiment difficile.

Je crois que c’est Pompidou qui disait que le monde est à la veille d’une nouvelle renaissance ou d’un moyen âge. Le remplacement de la guerre par toutes ces attaques terroristes, l’impossibilité de faire l’Europe, cela fait penser au Moyen Age. Mais si l’on est optimiste, il faut espérer un rassemblement des Français, une renaissance de l’Europe, qui était beaucoup plus active au XVIIIe siècle qu’aujourd’hui, un abandon de cet individualisme exaspéré où les Français réclament toujours des réformes pour les autres et jamais pour eux-mêmes.

Croire en Dieu, cela aide à être optimiste ?

On m’a collé cette étiquette en me répétant : « Vous qui croyez en Dieu. » Mais c’est beaucoup plus compliqué que cela. Je n’ai pas une foi très forte. J’ai remplacé la foi par l’espérance. Je trouve que si Dieu n’existe pas, la vie est une farce tellement tragique qu’il faut espérer à tout prix qu’Il existe. Si nous sommes livrés à nos propres forces, il y a toutes les raisons d’être pessimiste. Mais si on croit à des forces supérieures à l’homme, alors on peut être optimiste. Mais ne pas croire en Dieu et être optimiste, cela me paraît vraiment illusoire. Peut-être peut-on être optimiste parce qu’on a le droit d’espérer que Dieu existe. C’est un peu brutal comme formule, mais c’est véritablement ce que je ressens.

Et s’Il n’existe pas ?

Vous connaissez l’histoire de cette petite religieuse qui a une foi ardente et à qui l’on dit : « Que ferez-vous si, en mourant, vous découvrez que Dieu n’existe pas ? » Et elle répond : « Eh bien, si Dieu n’existe pas, je dirai qu’il a tort et que je l’aime tout de même. »

Vous auriez préféré vivre à une autre époque ?

Quand on me pose cette question, je réponds souvent : sous Périclès ou au XVIIIe siècle. Mais le siècle de Périclès est aussi celui de la peste à Athènes et de la guerre contre Sparte. Celle-ci a été plus meurtrière, relativement aux forces en présence, que la Seconde Guerre mondiale. Un grec sur quatre est mort ! Et vivre au XVIIIe, c’était très bien, mais à condition d’être du bon côté. Si vous égratigniez le roi d’un coup de canif, comme Damiens, vous finissiez écartelé. Et il fallait huit ou douze quartiers de noblesse pour devenir général. Bonaparte serait resté capitaine.

Finalement, vous avez peut-être plus d’inclination au bonheur qu’à l’optimisme. Comme s’il fallait être heureux malgré l’époque et non pas à cause d’elle ?

Je crois que si je passe pour l’écrivain du bonheur, c’est parce que je pense qu’il faut être heureux en dépit de tout le reste. Evidemment que tout va toujours mal, mais cela a toujours été ainsi et nous n’y pouvons pas grand-chose. Je veux bien faire partie du club des optimistes qui disent : « Soyez heureux quand ça va mal. »

■ PROPOS RECUEILLIS PAR GUILLAUME ROQUETTE

 



02/01/2015
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