Ouf, Sarko Est Revenu

Ouf, Sarko Est Revenu

NUIT DE BOUE

 « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. » Albert Einstein

 

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HONTE ET HAINE commencent et finissent de la même façon : par les mêmes lettres, par les mêmes frustrations cristallisées dans les mêmes «passions tristes» qui aboutissent aux mêmes abominations. Pour une poignée de gauchistes révolutionnaires survendus par les médias, mais aussi pour une large part de la gauche modérée, c’est HONTEUX d’être de droite, de défendre une pensée libérale, de ne pas sauver le monde place de la République, de préférence la nuit, debout Langue tirée. C’est donc naturel et légitime de déverser un torrent de HAINE sur tout ce qui n’est pas nuitamment, en train de piétiner place de la République pour préparer le Grand Soir. Choquant ? Oui, en effet. Mais totalement banalisé par l’idéologie bien-pensante qui a confisqué l’opinion.

 

Alain Finkielkraut vient de subir la haine d’une meute minoritaire qui fait honte à la nature HumainE. *Je reproduis son témoignage à la fin de cet article.

 

Il est philosophe, pour de vrai, et à ce titre, il s’est rendu Place de la République pour se faire sa propre idée du mouvement Nuit Debout. Sans passer par le filtre subjectif des médias. Simplement d’homme à hommes. Enfin ! C’est ce qu’il croyait ... Sauf le respect que je porte à ce grand penseur - qu’on soit ou non d’accord avec ses thèses n’a aucune espèce d’importance ici -, sauf le respect que je lui voue donc, je serais presque tentée de dire : il y est allé naïvement. Il a cru ce soir du 16 avril 2016, que la France demeurait encore un pays libre. Quelle candeur ! Quelle erreur ! Il a cru aller à la rencontre d’hommes, là où n’étaient embusquées que des bêtes, prêtes à mordre. De fait, elles ont mordu.

 

À République, il a été insulté, bousculé, maculé d’un crachat au visage et pour finir expulsé de la place la plus mal nommée de France en ce soir funeste où la dictature molle est sortie de sa gangue pour exhiber sa véritable nature. Car aucune épithète n’édulcore la dictature, ni dure, ni molle, elle n’est que dictature. La négation de l’homme par l’homme. Le déni de liberté. La haine de l’Autre qui ne pense pas comme moi. Le rejet du Mal qui est tout ce qui s’oppose au Bien incarné par mon diktat.

 

Je ne commenterai pas davantage, d’autres l’ont fait excellemment, comme Michel Onfray, Mathieu Bock-Côté, Éric Verhaeghe ou Éric Brunet, dont je vous conseille la lecture. Mais comme eux, je m’inquiète. Car la meute est revenue, celle qui semait la Terreur en 1789, qui chassait les Juifs en 1940, qui tendait le poing ou le bras, debout les pieds dans les cendres ... La boue nauséabonde s’est déversée ce soir du 16 avril place de la République, réagissons pour qu’une prochaine fois ce ne soit pas le sang qui coule.

 

LMW

 

 

* Finkielkraut : « Ma réponse à ceux qui m'ont expulsé de Nuit debout »

(Par Alain Finkielkraut, publié dans le Figaro Premium le 18/04/2016 à 18h31)

EXCLUSIF - L’écrivain (de l’Académie Française) raconte l'agression verbale et les menaces dont il a été l'objet place de la République samedi soir et analyse ce qui se déroule là-bas.

 

Intrigué par tout ce que je lisais dans la presse sur le mouvement Nuit debout, j'ai voulu juger par moi-même. Je suis donc allé samedi soir place de la République, à Paris. À peine arrivé, j'ai été interpellé par un homme qui semblait avoir mon âge: «On va voir le petit peuple, quelle décadence!» Mon épouse, interloquée, l'a fusillé du regard. En réponse, il nous a tiré la langue, puis nous a ostensiblement tourné le dos. Refusant de nous laisser décourager par cet accueil, nous avons poursuivi notre chemin jusqu'à l'assemblée générale. Au moment d'y accéder, un jeune homme m'a dit, le regard noir et le visage fermé: «On n'a pas besoin de vous ici.» J'ai répondu que c'était moi qui avais besoin de voir et de savoir. Nous avons écouté deux réquisitoires de cinq minutes chacun - car telle est la règle, plus draconienne encore que dans les talk-shows télévisés - contre la société de consommation, et contre le capitalisme. Puis nous avons déambulé entre les stands, nous nous sommes arrêtés devant un atelier consacré à la cause animale, qui m'est chère. Là, une femme nous a abordés pour nous dire très gentiment qu'elle appréciait notre présence, que Nuit debout n'avait rien à voir avec les casseurs, que c'était un mouvement serein et sérieux dont les travaux allaient déboucher sur la proposition d'une assemblée constituante. Nous avons repris notre chemin, et c'est alors qu'un homme d'une quarantaine d'années s'est approché et nous a conseillé de partir car il y avait des gens qui nous voulaient du mal. J'ai répondu que notre visite n'était pas finie. Il m'a alors poussé avec violence. J'ai compris qu'il ne voulait pas nous protéger mais nous mettre dehors. Nous sommes revenus au centre de la place. Et là, une petite foule s'est formée, grondante et menaçante. Des gens du service d'ordre se sont approchés et nous ont dit que nous devions partir, que pour notre sécurité il nous fallait quitter immédiatement les lieux. Ils nous ont donc escortés jusqu'au boulevard, suivis par la petite foule haineuse qui criait: «Casse-toi, dégage!» Une femme particulièrement véhémente disait que je méritais d'être chassé à coups de latte. Comme je me retournais pour engueuler mes insulteurs, l'homme qui m'avait bousculé m'a craché au visage. Fin de l'épisode.

 

Nuit debout, si j'ai bien compris, exprime le besoin d'un monde extérieur au capitalisme où pourrait s'épanouir une véritable communauté humaine. Et comme si le XXe siècle n'avait pas eu lieu, l'avant-garde de cette communauté élimine toute pensée divergente. Moi, dont tant de journalistes et d'universitaires dénoncent depuis des mois «les intentions putrides» et «la pensée nauséabonde», je faisais tache, je souillais par ma seule présence la pureté idéologique de l'endroit. Certains participants sont, j'en suis sûr, désolés de ma petite mésaventure. Mais le fait est là: on est entre soi à Nuit debout. Sur cette prétendue agora, on célèbre l'Autre, mais on proscrit l'altérité. Le Même discute fiévreusement avec le Même. Ceux qui s'enorgueillissent de revitaliser la démocratie réinventent, dans l'innocence de l'oubli, le totalitarisme.

 

Et ça ne prend pas. Dans les rues qui longent la place, la vie continue comme si de rien n'était. Les gens vont au restaurant ou au spectacle sans prêter la moindre attention à ce qui se passe à quelques mètres d'eux. J'ai pris conscience, assis moi-même sur une terrasse pour me remettre de mes émotions, que Nuit debout était une kermesse gauchiste sous cloche, une bulle révolutionnaire lovée au milieu d'une ville complètement indifférente.

 

Tout le monde s'en fout, de Nuit debout. Tout le monde, sauf les médias qui cherchent éperdument dans ce rendez-vous quotidien un renouveau de la politique et lui accordent une importance démesurée. Quel contraste avec les Veilleurs, ces manifestants nocturnes contre la filiation pour tous et la gestation pour autrui! Ceux-là retardaient la marche de l'humanité. Ils ont donc été traités comme quantité négligeable. Je n'ai pas de sympathie particulière pour leur action mais j'aurais aimé alors, et j'aimerais aujourd'hui que les médias se donnent pour mission d'informer et non d'épouser ce qu'ils croient être le mouvement de l'Histoire.

 

Un mot pour finir: les protestataires de Nuit debout ont investi le lieu où le 11 janvier on brandissait la banderole: «Je suis Charlie, je suis juif, je suis la police, je suis la République.» Ce «je» est le grand oublié des ateliers et des assemblées «populaires». Nuit Debout veut effacer l'année 2015. Son échec est une bonne nouvelle.

 



20/04/2016
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